11 septembre 2006

Filet de pêche

Vous n'avez jamais l'impression que l'air autour de vous est submergé par quelque chose de fascinant et étrange? Des particules d'idées, des embryons de pensée, des troupeaux d'information, un réseau wifi? Et, ça vous est déjà arrivé d'essayer d'attraper une idée filante? Il suffit pourtant de lever la tête...

Que sommes-nous devenus, depuis l'écriture? Moi? Je m'intoxique devant un bon gros match de foot, car un spectacle insipide mais proposant des blessures de milliardaires en direct est propice à la méditation. Après, comme tout bon fumeur qui se respecte, je deviens parano, tu peux même pas imaginer, mec. J'allume toutes les lumières de la baraque si dans la nuit je dois pisser, car sinon, j'ai peur qu'un cafard me saute dessus pendant que je licebroque. Voilà où ça mène, la civilisation! Nous avons tué D.ieu mais nous avons peur d'un insecte! Mais le pauvre mammouth, il a du être heureux de se faire étriper par de vrais hommes de cro-magnon bien virils! Moi je dis rien, j'aime bien manger à ma faim et porter des vêtements hors de prix.

Bref, aujourd'hui, exercice de méditation. Réfléchissez deux secondes, et ne considérez plus votre corps, mais vos idées. Vos idéaux. Vos idéologies. Quelle est la chose qui vous rend unique? Un passe-temps, peut-être? Il y a des milliers de gens qui le pratiquent, allons, y'a bien autre chose? La politique? La religion? Votre propre nom? Tiens, essayez un truc, la prochaine fois que vous êtes devant un miroir : répétez à voix haute votre prénom et regardez-vous droit dans les yeux. Ce mot n'a rien à voir avec vous. Vous vous y êtes habitué parce qu'il n'y avait pas le choix. C'est qui, "vous"?
"Oui, mais moi, c'est moi, je peux pas l'expliquer, quoiiii, moi, c'est moiiii, tu vois?", allez-vous me dire. Et ça ne vous fait pas honte? C'est tout ce que vous êtes, alors, un véhicule à idées,? Un disque dur qui transmet ses informations à vitesse affolante? C'est ce que Nietzsche appelle les volitions, pour résumer, votre cerveau est un champ de bataille, et quand la volition "J'ai faim" aura mise les autres hors de combat, vous devrez la satisfaire. Et nous ne les contrôlons pas, bien au contraire, c'est elles qui nous dirigent. Une démocratie sanglante et au gouvernement instable qui réside dans un petit coin de mon cerveau... Je le savais déjà. Bon, admettons que nous soyons un ramassis de concepts fourrés dans un cerveau et un corps qui ne pense qu'à bouffer et dormir. Les idées, au fur et à mesure que l'homme rencontre un de ses congénères, passent leur temps à faire saute-mouton, à tenter la pérénnité par les armes, à expliquer le monde, à le décrire, le décortiquer, lui poser des tas de noms dessus, si possible en latin, bref, nous, pauvres humains, en sommes les réceptacles. Vous allez voir, ça vous aide à juger les gens d'un point de vue totalement différent. Bon, là, c'est qu'un exemple, je viens de vous expliquer la phrase "Est-ce que cette personne a quelque chose d'intéressant à me raconter?", faut pas s'affoler, non plus, c'est pas non plus un cours.

Avant, pour voyager, un concept avait du boulot à faire. Ca servait à rien de s'accrocher sur un paysan, par exemple, ça voyage pas, ça n'a pas de vie socialo-culturelle, non, un bourgeois ou un marchand, ça, c'était bien, on pouvait importer de la tolérance religieuse de hollande, exporter l'Encyclopédie chez les russes (on a eu un gros coup de pouce de la part de Gutenberg), faire venir la renaissance, faire naître une vraie classe moyenne, capable enfin d'amorcer une ou deux révolutions industrielles parce que des fils de paysans pouvaient se payer des études et construire des fusées ensuite.

Et ça nous amène au présent, où nous pouvons enfin chasser les infos, jauger l'intelligence relative d'une personne en discutant avec moins d'une soirée (ça peut paraître plus long... .. .), et se faire bombarder de volitions, idées, concepts, et caetera (il paraît que ça fait vachement plus classe d'écrire ça qu'etc). Publicité, information, ordi le soir, télé, presse, radio, pas un moment de silence ou de solitude.
Nous absorbons tout ce qui peut remplir nos 10% de cerveau utilisables, comparables à Rabelais qui voulait tout savoir sans en savoir le sens. On forme des communautés autour de la musique, de la collection de timbres, de l'art grec, que sais-je, et on se rassemble, on communie... Et finalement, on s'enferme dans une communauté, au fur et à mesure que des liens se créent, que les chasseurs d'infos ramènent des morceaux croustillants... Et se peut-il qu'on fréquente moins de gens, qu'on est moins souvent confronté à un vrai débat? Quand je dis "vrai débat", je veux bien évidemment dire "dans la vraie vie", ou en meatspace, comme le disent nos camarades outre-atlantique. Un débat sur internet, c'est un peu comme les JO pour handicapés, même si tu gagnes, t'as l'air d'un putain de trisomique...

Alors oui, ça peut énerver, mais pour garder son calme, souvenez-vous que vous n'êtes qu'un véhicule à idées, vous verrez, ça détache. Et soyez sympas, de temps en temps, marchez la tête en l'air, parlez à des inconnus. Et essayez d'attraper une idée nouvelle, d'accord? On en a tous besoin!

19 mars 2006

L'affaire était entendue.

Avant que l'on sorte, on s'était mis d'accord, avec les gars : Si l'un d'entre nous est trop fracassé, ben désolé, on l'abandonne, parce que pour emballer, c'est clairement un handicap d'être accompagné de brutes insignifiantes qui ne chantent leurs louanges qu'à des cuvettes qui absorbent avec gourmandise à la fois paroles de résignation (plus jamaiiiiiiis je bois autant), déni de soi et de sa condition (non j'te jure, ça va bien, c'est juste le kebab qui passe pas) et bien entendu, bile, bile, bile alcoolisée, par litres entiers.

Je disais donc que cette soirée-là, on ne la passerait pas à boire, mais bien à chasser. Vêtements de marque, allure décontractée et visages souriants, nous partîmes confiants. Quelque part, On se disait que mon arrogance devrait être punie.

Mûs par cette extrême volonté de pécho, nous nous dirigions vers un lieu horrible, peuplé de pauvres, de gens inintéressants au possible et avec lesquels toute conversation serait impossible. Nous mettrions nos tas de viande sur le marché, face à d'autres certainement, prêts à tout pour scorer de la teucha, comme on dit dans notre jargon technique. Oui, nous étions en avant-boîte. Fringants et frétillants, nous préparions le terrain durant l'attente avant l'entrée. Un groupe de beaux gosses qui arrive d'un seul coup, ça fait sensation quand on sait faire son entrée.

Nos plans étaient parfaitement règlés, j'avais paré à toute éventualité, il était donc fatal que nous soyions tous rétamés avant minuit. Echec sur tous les fronts, me dis-je. Mon sang nordique supporte mieux les attaques éthyliques, ce qui dans pas mal de cas donne un environnement propice à la méditation (bande de puceaux, plus jamais je vous sors) et à des réflèxions anthropologiques poussées (toutes des salopes).

Je décidai de rentrer chez moi, laissant là mes camarades de pêche (au sens sacro-saint du terme), et de continuer à explorer les territoires inconnus de notre conscience commune. Oui, ça veut dire "télécharger du porno sur internet". Mais pas que ça, promis!

Que nous a apporté le net, depuis sa conception? Nous avons enfin pu nous rassembler dans des lieux où, à l'instar des bars qui naguère étaient synonymes d'égoût de la société, nous formions un groupe d'habitués, rapprochés par un intérêt commun. Avant, c'était le café des sports, aujourd'hui, c'est le forum, le tchatte, le blogue avec commentaires, et tous les autres néologismes à la con. (au fait, le mot "dévédérom" a été approuvé par les immortels de l'académie française)

J'allais vous en expliquer le fonctionnement, en analysant les archétypes d'individus que l'on peut y trouver. En premier, le chasseur d'informations. Il consulte tous les sites d'informations relatives à son domaine. Que ce soit pour la moto, les ordinateurs, ou le foot, non seulement il existe une flopée de sites qui en parlent, mais j'ajouterais aussi qu'il en existe toujours du porno. Vous ne me croyez pas? Essayez de vous souvenir d'un dessin animé qui a bercé votre enfance. Ca y est, vous avez trouvé? Les gros yeux innocents et de mignonnes peluches vous viennent à l'esprit? Alors vous serez heureux d'apprendre que sur le net, on peut facilement se procurer des pastiches les concernant. Ca a toujours existé, mais aujourd'hui, c'est quand même plus facile d'y accéder. Avouons-le, le progrès ne sert que si je peux voir Bugs Bunny sodomiser un Bisounours.

Le chasseur, donc, est un être qui squatte au moins cinq sites de news dans la journée, autant de forums (pour paraître instruit en latin de cuisine, certains disent fora, m'enfin en Corse, ça veut dire "dehors", comme dans "I arabi fora"...), et des tas de blogs et autres lieux riches en rumeurs, scoops, et autres infos qu'ils auront le privilège de connaître au moins cinq bonnes minutes avant le reste du monde. Ils rapportent celles qui auront de l'importance sur leurs fora (chuis vraiment trop érudit!) respectifs, avec un petit commentaire, puis repartent chercher de la niouze. Rares sont ceux qui posent un oeil critique sur chaque sujet, ce travail est laissé aux blogs, sites d'information, et aux membres de la tribu / habitués du bar / forumeurs.
Mais grâce à eux, les infos circulent, et on peut enfin être au courant des dernières vidéos dignes d'une émission pour beaufs du dimanche après-midi, mais qu'étrangement on apprécie parce que "ça vient d'internet", on sait enfin quand on pourra acheter tel produit de consommation dont nous n'avons aucun besoin, et parfois, parfois, on peut lancer un débat. Le futur nous laisse présager une évolution de l'échange d'idées, puisque c'est ce qu'on fait depuis toujours.

Autrefois, nous nous étions organisés en tribus, pas plus de vingt individus, un chef, un sorcier, des chasseurs, et des pondeuses, c'était génial, enfin, quand on était chef. Aucune discussion possible, si le chef et le grand manitou avaient décidé d'un truc, on le faisait, et puis c'est tout. Ca a dû bien marcher, puisqu'on a passé quelques centaines de milliers d'années à tourner en rond comme des connards, à chasser le bison, mais aussi éviter la découverte de l'agriculture, des maths, et des jeux vidéo. Après, à cause des pondeuses, notre population a explosé, et ce malgré tous nos meilleurs efforts pour limiter la prolifération de l'être humain avec des "méthodes " toujours plus perfectionnées (blanches, à feu, à hydrogène). Bande de salopes. La tribu est devenue village, ensuite, les petits villages ont rendu compte aux plus gros villages, puis aux villes, aux capitales, et enfin nous voilà avec une invention lumineuse, la frontière, vestige nous restant de l'époque où notre ancêtre urinait sur un arbre, histoire de ne pas se faire bouffer par les loups du bosquet d'en face. Je sais que cela peut paraître naïf, mais je tiens à répéter que des centaines de millions de gens sont morts pour protéger une ligne imaginaire qui remplace le pipi!

Heureusement, le capitalisme vient chambouler tout ça, et les marchands voyagent, s'ouvrent l'esprit, et rapportent dans leurs valises des idées nouvelles, telles que la démocratie, l'émancipation des peuples, et les blagues sur les belges. Peu à peu, les frontières s'amenuisent, le monde rétrécit, et on pénètre dans l'ère de l'information. Les grands mots viennent faire leur défilé, on nous sert des "autoroutes de l'information", des "toiles", des "cyber-espaces", et autres mots qui vous feront passer pour un pauv' naze, mais complètement fashion pendant au moins deux semaines.

Et donc, glaner des informations, ou rencontrer quelqu'un qui, comme nous, est amateur de flan mou, de tuning automobile, ou de mythologie grecque, n'est plus aussi difficile qu'avant. Plus besoin de se déplacer, tout est accessible depuis "gougueule", et on peut enfin dire du mal de l'euro sur un forum de discussion politique au lieu d'avoir à péniblement se rendre au bistrot du coin, puis se plaindre de l'adaptation cinématographique pourrie du Guide du Routard Galactique sur un site de fans de Douglas Adams sans avoir à se déplacer dans une librairie, tout en téléchargeant de la musique "illégalement", au lieu d'aller à la FNAC. Besoin de documentation? Hop, réflèxe google (pour ceux qui n'auraient pas compris la faute d'orthographe intentionnelle, plus haut).

Evidemment, l'idée des frontières n'allait pas aussi facilement disparaître. Il fallait bien qu'elle nous fasse encore chier pendant quelques siècles, celle-là. Ayant accusé le coup, un dispositif de protection avait été mis en place par les sociétés diverses et variées : le langage. Prétextant un coup de sang divin, nous avons perpétué et entretenu tendrement cette punition, grâce au chauvinisme, au racisme, à la défense de la langue, la grammaire, et autres billevesées.
Si vous n'avez pas encore compris, je résume : nous avons, pays par pays, construit une structure grammaticale suffisamment complexe pour qu'un mec qui vive à trois cents mètres de chez nous soit considéré comme un étranger et un ennemi qu'il sera impossible de raisonner autrement que par la force, puisque le dialogue est virtuellement impossible!

Vous vous demandez, où je vous mène avec toutes ces explications, et pourquoi je tourne autour du pot. Vous allez voir, vous allez vous dire "ah ouaiiiis, d'accord, je vois, oké" d'ici peu. La dernière fois, je disais qu'on avait transposé l'ancien monde dans le nouveau. Et grâce à la barrière du langage, nous avons encore pu diviser la population en sites francophones, anglophones, germanophones... C'est tout à fait naturel, et devrait disparaître d'ici quelques années. J'aurais bien écrit quelques siècles, mais je ne veux pas passer pour un con, dans cinquante ans, lorsque l'humanité vivra en paix dans un grand kibboutz. (pur et innocent, lol)

L'attribut premier du bon chasseur moderne, celui qu'auparavant on appelait espion, puis journaliste, et aujourd'hui blogueur pour beaucoup, (l'orthographe alternative de ce mot est "exhibitioniste prétentieux") c'est l'aptitude au voyage, à briser les barrières territoriales. Les frontières, le langage, ces trucs font bien marrer le chasseur, qui traduit allègrement les articles japonais qui contiennent les secrets de "c'est-quand-qu'elle-sort-la-nouvelle-pléstéchionne", ou les communiqués de presse du président américain, puis les reposte, les déforme, et les revend ou les donne à un autre intermédiaire.

Comme l'information fait vivre la tribu, ceux qui la ramènent laisseront la place à ceux qui la digèrent au prochain chapitre.

03 mars 2006

J'ai pensé à un truc, ce soir...

Ce qui est génial, sur internet, c'est que ce réseau est la représentation la plus belle du chaos.

Je vous évite les poncifs usés sur l'anonymat, le bordel ambiant, les virus, tous ces trucs qui vous font peur parce que vous vous imaginez encore que "les trucs d'ordinateurs", c'est du vaudou.
Mais vous ne comprenez pas que vous avez exactement compris que c'est ainsi que sont les choses et que c'est tant mieux? La technologie est le produit de l'Homme. Nous agissons, tels les dieux d'un nouveau monde, nous créons des concepts tels que l'intelligence artificielle en y reproduisant notre image. Et une bonne partie de notre esprit.

J'ai commencé à programmer parce que j'adorais pouvoir faire ce que je veux d'un cerveau ultrapuissant, peut-être même un domestique. J'allais écrire "compagnon", mais j'ai préféré ce terme.
Enfin bref, pour couper le charabia technique, j'me dis que la culture mise à notre disposition nous ramène à l'état sauvage. Allez, faisons un peu d'anthropologie.

Après avoir découvert le feu, nous passâmes pratiquement cinq cent mille ans à apprendre à écrire. Qu'est-ce qu'on est cons. A l'époque, la tribu vivait dans un début de gestion de la discipline assez rudimentaire. On se tapait sur la gueule, et c'était règlé. Ensuite, on s'est tués sur la gueule, ça a moins bien marché. Mais depuis dix ans, on peut parler à tout le monde.
Et c'est génial, car lorsqu'on est anonyme, toute notre personalité ressort ce qu'il y a de plus sauvage. RTFM. GTFO. PWNED. DTC. Si vous ne comprenez rien à ces acronymes, vous devriez surveiller vos gosses quand ils viennent chanter "HEIL HITLER LOL" pendant des parties de jeu vidéo en ligne, ou alors vous êtes encore pur(e) et innocent(e), je vous en prie, quittez internet immédiatement, on manque de gens comme vous. Civilisés.

Prenons l'exemple d'une tribu des temps modernes, le forum de discussion. Eh oui, auparavant, on se regroupait dans des villages pour gratter le plus de nourriture possible, c'était le meilleur moyen de bien manger. Après, on a miraculeusement découvert que le capitalisme, c'est trop génial, alors on a construit des villes avec plein de pognon pour tuer plein de gens, avec. Ouais, c'est la même époque que plus haut. Ca suxxait grave. (purs et innocents, vous êtes encore là? lol.)

Alors, pour manger sans avoir à chasser, on a créé un nouveau besoin, le luxe. Il fallait qu'on aie un tas de POGNON, aussi! Et on s'est joyeusement massacrés pendant, oh, six mille ans bientôt. Allez, il n'y a que le premier pas qui compte. Plus que quatre-cent quatre-vingt quatorze mille ans à tenir!

Ah, non, attends! Maintenant, pour gagner du pognon facilement, il faut faire plein d'études et devenir vachement intelligent. Vous avez vu? On a fait tout ça parce qu'on avait peur de tuer un putain de bison. Qu'est-ce qu'on est intelligents! Moi, j'dis rien, j'aime bien l'eau chaude et le porno. Alors, pour gagner encore plus de pognon pour acheter de la bouffe et des télés qui rendent bien con (on est tous écolos, on recycle notre connerie), on fait des trucs pas possibles, du genre skateur pro, ou construire une fusée, ou breveter le génome humain. Wouah, c'est cool, mais on passe toute sa vie à chasser de l'information, maintenant. On s'aggrippe aux actualités comme si notre vie en dépendait! Et c'est ainsi que la tribu d'aujourd'hui, c'est le forum de discussion. Les chasseurs ramènent des news pour les admins, qui offrent leur protection et un lieu d'hébergement en échange de chasseurs. Quand sort le prochain Mario? Quelqu'un veut baiser? Vous avez vu le dernier épisode de loft pourri? OM ON TENKUL MDR, le langage retrouve son enfance : des grognements de bête. Sony playstation, c'est de la merde. Pink Floyd et les Beatles, ça c'est de la musique, pas de la soupe pourrie commerciale et vulgairement populaire. Je suis pas d'accord avec toi. Insultes, contre-insultes, élargissement du conflit, flamewar, on déploye des liens pleins d'information qui ne donne que la vérité, et de l'autre côté, le connard d'en face ne montre que de la propagande fasciste, d'ailleurs je suis sûr que c'est un nazi. Ben non, juste un barbare. Et ça va durer quelque temps comme ça, l'évolution de la tribu.

La petite tribu sert aussi aux rencontres. Ah ben ouais, faut bien qu'on baise, encore, et un moyen bien facile de fréquenter de la dame, parce qu'avec les boîtes de nuit, c'est encore trop dur pour certains. Alors, là aussi, on transpose nos esprits du sixième millénaire dans un environnement tribal. C'est génial. On trouve des travelos dans les jeux en ligne, parce qu'un personage féminin a bien plus de chances d'attirer l'attention des joueurs à 95% masculins. Des sous virtuels. Qu'on peut échanger contre des vrais sous. Pour acheter un lecteur de musique piratée :) Et puis de la bouffe, aussi. De la pizza surgelée pour laquelle on a eu l'énorme privilège de ne pas avoir eu à chasser le mammouth, comme on dit.

Je pense que j'ai moyen d'y trouver un microcosme intéressant, d'un point de vue détaché. On en reparle un peu plus tard, parce que là, vous êtes déjà endormis.

@++LOL=))))*~~{~@*.:Pr1Nc3S5_GrRRl547:.*@~}~~* WoW LeV3l : 57 SeRv3R : i dunno lol

10 janvier 2006

Le pouvoir absolu coûte un centime.

Alors qu'il scrutait la carte, il pestait contre les pratiques de nos jours, visant à émanciper la femme. Pour la majorité du peuple français, cela équivalait à jeter son pénis par la fenêtre en même temps que tout souvenir du mot "galanterie". Oui, cette poussée lyrique était provoquée par une courte conversation téléphonique qu'il avait tenue, lorsqu'il avait réservé sa table dans ce prestigieux boui-boui.

"Je serai accompagné d'une personne de sexe féminin, pourriez-vous préparer une carte en conséquence?
- Je vous demande pardon?
- Euh... Vous avez déjà entendu parler de cette pratique? On ne montre pas le prix
sur les menus imprimés pour les femmes?
- Ah bon? Dans quel pays?
- Oubliez, ce n'est pas grave. Vous n'avez pas de carte sans prix, si je comprends bien.
- Non.
- Et pourriez-vous, je ne sais pas, moi, maquiller un de vos menus, pour que ma compagne ne voie pas les prix affichés?
- Je ne sais pas si c'est possible, monsieur, je...
- Je suis prêt à vous soudoyer pour ajouter un bout de scotch sur votre carte, et à vous payer pour les dommages irréversibles causés sur ce bout de carton, si la galanterie a un prix!
- Je sais pas, je dois demander au patron... Euh, y veut pas."

Il fulminait, donc, derrière sa carte, car il savait qu'il n'était pas dans un restaurant aussi bon que le lui avaient recommandé ses connaissances. Hier, c'étaient encore des amis, ce soir, c'étaient des brutes sans classe. Les couverts étaient crasseux, le verre était plein de traces. Il demanda à ce qu'ils soient changés, et le serveur, en forme ce soir-là, lui demanda si la chaise, la serviette, et la table étaient à changer, aussi. "Juste votre sens de l'humour", entendis-je soupirer.

Elle, regardait ce qui faisait le moins grossir. Salade ou légumes bouillis? Elle leva la tête, agitée par un bruit d'esclandre. Une femme, éclaboussée par de la soupe, semblait-il, invectivait vertement un garçon penaud, qui tenait un ivrogne.

Moi, j'avais vu le scène de plus loin, j'étais seul à table, en train d'imaginer les vies des gens autour de moi. Mais ce que j'avais vu quelques secondes plus tôt avait tout dépassé : un homme d'âge mûr s'était levé de sa table, titubant jusqu'à la table d'une dame qui l'avait, de toute évidence, séduit. Il posa une main sur la table, la femme leva les yeux vers les siens, et au moment où ils allaient échanger leurs premières paroles, il lui vomit dessus, avant de s'effondrer sur le sol. Magnifique exemple de l'outre à vinasse bien de chez nous.

L'autre type, avec sa gonzesse, boudait en lisant sa carte depuis bientôt dix minutes. Il avait l'allure d'un homme distingué, propre sur lui, ainsi que celle qui l'accompagnait. Un couple BCBG, rien à redire. Le serveur passait près d'eux, et tantôt monsieur levait la voix timidement, tantôt il faisait signe, mais rien à faire, il n'était pas remarqué. Je gloussais, pendant ce temps, de voir que le charisme était vraiment une denrée rare, et distribuée aléatoirement dès la naissance : de toute évidence, ce mec était du genre à lâcher de bons pourboires pour peu qu'on le traite bien, et ce connard de garçon de café ne l'avait pas compris. "Tant pis pour lui", me disais-je, "on est du métier ou on ne l'est pas". J'espérais que ce genre d'abruti y resterait jusqu'à la fin de sa vie.

Ah, de l'animation. Un serveur sortait du restaurant en trombe, tenant une pièce jaune bien en évidence, pour que toute l'assistance puisse voir ce qu'il allait faire avec. Il rattrappa non loin de la porte un vieillard, lui remit la pièce, et dit à voix haute : "Pardon, monsieur, vous avez perdu votre pièce de dix centimes! Tenez, je vous la rends!"
Le petit vieux partit la tête basse. Magnifique humiliation en échange d'un pourboire ridicule, il faut l'avouer. Je lui accordai un sept sur dix, car il aurait pu être plus explicite.

Et puis, je retournai mon digestif, appréciant toute sa saveur, cherchant d'autres histoires à raconter dans la salle. Hélas, rien ne se passait dans ce restaurant. Enfin, le mec bourré qui a vomi sur la table pas loin ne compte pas, il avait déjà été évacué, ainsi que sa victime, le lieu du crime nettoyé, bref, l'ennui total.

Alors, quand je suis parti, j'ai décidé de laisser un pourboire de contestation. Qu'est-ce que c'est? C'est simple : Si on ne laisse pas de pourboire, cela veut dire que l'on est soit pauvre, soit radin. Ayant été étudiant, j'ai eu la chance de cumuler les deux qualités citées plus haut. Un pourboire de dix centimes, c'est la honte assurée, mais un pourboire de contestation... C'est une pièce de un centime, placée au centre de la table. Essayez, un jour, avant de quitter votre table; Ils n'oseront pas vous suivre, car vous aurez tous les droits pour expliquer pourquoi ils méritent autant votre mépris.

Quand je suis parti, les employés me regardaient emplis de crainte et de haine. J'étais entouré d'une aura d'invincibilité. Et ce, pour la modique somme d'un centime. Je vous mets au défi de faire mieux!

09 janvier 2006

Ma vengeance est terrible et sans appel!

En ville, on tombe toujours sur quelque chose de neuf, d'exaltant, et d'inattendu, si bien que cela aussi tombe dans une routine, et on ne remarque plus rien.

Je sors très peu. Mon travail ne me permet pas de sortir en ville, de faire des courses, ou du lèche-vitrines aussi souvent que je le souhaiterais.
Je ne sors par vraiment du lot : j'entretiens avec ma ville une relation qui oscille légèrement entre haine farouche et amour fou : haine, car je ne supporte pas le bruit ,et la foule, et les gens, les fourmis, si nombreux, si pressés! Je le sais, qu'ils veulent tous ma peau, pas besoin de se presser pour autant! Et amour, car c'est un endroit vivant, en constante évolution. On ne peut pas lui enlever ça. Et en dépit de ma démophobie, j'aime à m'y promener, à trouver des avenues tranquilles, des endroits paisibles, presque par défi! Pour le plaisir des yeux, et, me dit-on, un peu de marche ne fait jamais de mal à personne. Je suis tout à fait d'accord. Ce n'est certainement pas un allumé de joggeur qui a inventé le moteur seize soupapes...

En ville, tous les jours, je tombe amoureux. Des dizaines de fois. Un regard, un sourire, un signe, une promesse pour l'avenir… et rien. Encore une fois, la dure réalité revient. Les yeux se baissent, on regarde ailleurs, et on continue son chemin, pressé, vite-vite-vite, la reine regarde… Et elle continue son chemin, et je continue le mien, le cœur brisé, encore une fois.
Cela doit m'arriver un peu plus de trente fois par jour.

Cette histoire n'est pas une sempiternelle histoire d'amour maudit ou impossible, mais juste une déception, un espoir sans aboutissement. La routine, quoi.

Je n'avais jamais plu à une seule fille. Je m'en suis toujours tenu à un dicton, " Les hommes proposent, les femmes disposent ". Je ne sais même plus où je l'ai entendu pour la première fois.
Je n'y avais jamais trouvé d'exception, ou de faute. Une telle fidélité, ça crée des liens. Non pas qu'il m'ait vraiment porté chance, mes relations amoureuses se comptaient encore sur les doigts d'une seule main, accidentée, et mutilée. Et aux ongles rongés, ceci expliquant peut-être cela, je vous laisse faire travailler votre imagination débordante.

Ce jour-là, au fil de mes déambulations aléatoires, j'avais croisé une ancienne camarade de classe; Je ne l'avais guère revue depuis le lycée.
"Amie" est un bien grand mot. Par sa faute, j'avais perdu mon premier grand amour, et les amours d'adolescents, on ne devrait jamais les briser.

En effet, après avoir vu... Elle... pour la première fois, j'avais la tête qui tournait, je le savais : j'en étais fou amoureux. Intelligente, cynique, paranoïaque... Une femme intelligente, quoi.
En cours, nous échangions des regards intenses, je la faisais rire, mais ça n'allait pas plus loin. J'étais bien trop instable pour surmonter ma timidité.

Ce fut lors d'une balade (quand je dis "balade", ça veut dire "faire des courses pour acheter surtout de l'alcool") en compagnie d'un ami de beuverie (quand je dis "ami", je pense surtout à "tu me dois encore des sous"), que je la croisai au détour d'un magasin. Elle faisait des courses avec sa mère. Immédiatement, je m'enquéris de ses projets concernant la soirée, elle me répondit qu'ils étaient assez vagues, je lui proposai une certitude. Ah, le lyrisme du lycéen.
Elle accepta. Peut-être que la présence de l'autre l'avait - à tort! - rassurée. Ou, convaincue? Hmm.
Sa mère me regarda un peu, et me lança d'un ton moqueur et condescendant que seuls les parents peuvent connaître, "Vous n'allez pas me la manger, ma fille, hein, le vampire ?"
Pardon ? Un vampire ? Où ça ? Je me regardai pour trouver un indice quant à ma prétendue non-vie. Ah, le T-shirt. Evidemment. Note pour plus tard, prendre une douche, s'habiller ailleurs qu'au magasin de jeux de rôles du coin. (J'vous jure, ça marche vraiment!)

L'autre était un vieil ami, du genre à faire les quatre cent coups. Il était plus drogué que moi, plus alcoolique que moi, il ne se lavait presque jamais, mais nous étions comparses pour je ne sais quelle raison. Cela fait bien longtemps que je ne l'ai revu. La dernière fois, c'était il y a deux ans, et il s'était lui aussi assagi. Pour tout dire, ses cheveux étaient plus courts que les miens. Il s'en est mieux sorti que moi, je pense.
Tout ça pour dire qu'à l'époque, il était dans une phase d'autodestruction assez impressionnante. Mais ses atours étaient assez distingués, il donnait confiance. Personne n'aurait cru que c'était un skinhead aux cheveux longs. (les fans apprécieront cette émancipation...)

Sur le moment, je n'étais pas arrangé : je me serais bien débarrassé de lui pour profiter un peu plus de ma compagne, mais il était sobre ce jour-là, et voyait très bien où je voulais en venir.
Ne réussissant pas à le semer dans les rues étroites et puantes de la vieille ville, je me résolus à lui offrir assez de verres pour que nous puissions lui fausser compagnie sans qu'il ne s'en rende compte.

Passablement ruiné, monétairement et physiquement parlant (il n'aimait pas boire seul), je réussis à m'eclipser en compagnie de ma belle et douce.

Après avoir réussi à abandonner à son sort mon ex-compangon d'infortune, j'avisai un pub, et m'y engouffrai.
Quand nous y entrâmes, j'y vis encore une connaissance, en charmante et nombreuse compagnie, comme à son habitude. Me saluant de vive voix, et d'un air étonné (me voir aux côtés d'une personne du sexe féminin était chose rare), nous proposa de venir s'asseoir à sa table. Je déclinai poliment, voulant rester seul avec Elle. Il comprit, et fit pour moi quelque chose que je considère comme étant le plus bel acte d'amitié dont je fis l'expérience :
" Je ne savais pas que tu avais une sœur! "
C'est vrai qu'elle aurait pu être ma sœur.. elle me ressemblait un peu… J'expliquai à mon ami que ce n'était pas ma sœur, mais il restait sourd à mes explications, et attendait une preuve.
Alors, l'alcool aidant sûrement, j'enlaçai ma reine de la soirée tendrement, et l'embrassai, sans faire attention au monde autour, au bruit, à sa réaction, oubliant tout.
Elle me sourit. J'étais heureux.
"Pff, moi aussi je l'embrasse comme ça, ma sœur!"
Rebelote. Un baiser encore plus passionné et langoureux que le premier. Si j'avais pu, je l'aurais embrassé, lui aussi. Y'a pas à dire, ce genre de psychologie niveau playschool, ça marche bien sur les lycéennes.

Le reste de la soirée fut paisible. Je la raccompagnai chez elle, tranquillement.

Le lundi matin, lorsque je la vis, je comptais l'embrasser, l'enlacer passionnément, mais elle me paraissait réticente. Je lui demandai pourquoi, elle me répondit qu‘elle ne voulait pas rendre publique notre sortie du week-end précédent. Je haussai les épaules; si elle ne voulait me voir qu'en cachette, soit, je m'y serais plié. Moi aussi, j'aurais honte de sortir avec un mec comme ça.

Avant d'entrer en cours, une voix criarde mit fin à tous mes espoirs.
"Vous devinerez jamais qui j'ai vu ensemble samedi soir!". Oui, l'autre, là. Cette conne.

Et ma rapidement devenue ex-conquête ne me parla plus, grâce à cette 'amie', que j'avais en face de moi, et que je n'avais pas vue depuis la fin du lycée. En une fraction de seconde, tout m'était revenu. J'avais envie de la frapper au visage avec, je sais pas moi, un truc dur et coupant. Un marteau-couteau, ça existe pas? Ça devrait! Je voulais me venger terriblement, la faire souffrir autant que j'avais souffert par sa faute!
Quelqu'un avait entendu ma peine, oui, j'en suis persuadé. Je la voyais, là, dans son heure de détresse, l'époque des faits était lointaine et dépassée, et je savourais sa misère comme un... Euh... Comme...

"Un menu big mac, mademoiselle!"

Mwahaha.

06 janvier 2006

Les transports en commun. Si vous n'aimez pas les galeries de personnages, sautez ce texte, moi j'ai horreur de ça!

Elles sont deux, étudiantes aux beaux-arts, et discutent banalités, potins et autres sujets artistiques. Eux sont quatre, la trentaine passée, mal fagotés, ce qui est normal car d'après leur discussion, ils font de l'informatique sans réellement comprendre ce qui leur est arrivé. Ils connaissent, et citent, termes bourrés de hype, franglais (je ne pourrais jamais faire ça!), alignent noms de magazines papier traitant de l'informatique (ils ont tout compris, eux) et déductions erronées, mais qui impressionnent tout de même le couple de retraités assis non loin, qui, comme moi, écoutent les conversations des autres passagers. Le regard sur leurs visages correspond à peu près à du "mais qu'est-ce que c'est que ce chinois qu'ils parlent?". En parlant de chinois, j'entends une voix que je ne pourrai jamais poser sur un visage parler du péril jaune, et ça fait un lien marrant. Dans ma tête, je dessine une tronche de franchouillard ovin en train de disserter doctement, jusqu'à ce que mon envie de le taper me fasse sortir de ma rêverie.

Plus loin, des caissières d'hypermarché, qui parlent boulot, parce que visiblement, elles n'en ont pas eu assez de la journée, et que se détendre n'est pas à l'ordre du jour. Une femme de ménage noire et une femme de ménage arabe gazouillent à moitié en français, à moitié en arabe, en riant. Elles parlent famille, amis, potins, et je ne peux pas déterminer si elles passent du français à l'arabe, au francaoui, pour des raisons de confidentialité, parce que leurs pensées dépassent le vocabulaire français (je considère ce que je viens de dire comme un blasphème), ou tout simplement par plaisir. Je repense à mon franchouillard, me demande lequel des deux est le pire, puis je ferme très vite cette parenthèse imbécile, pédante, et raciste.

Devant moi, deux secrétaires de direction, aggressives comme des commerciaux et d'âge mûr, discutent de la manière de bien faire chier le monde pour le lendemain, puis débriefent la journée passée : "Et alors, tu te rends pas compte de ce qu'il m'a dit? Il me dit : Mais Susanne, c'est pas compliqué, pour imprimer, il faut cliquer sur le bouton avec la petite imprimante, là, vous savez pas vous servir d'un traitement de texte ou quoi? Alors moi, je lui réponds du tac au tac, hein, Mais moi, je suis pas informaticienne! Ah, tu aurais vu sa tête! - Ah oui, t'as bien répondu, et toc." En effet, parfois certaines personnes désemparent même les esprits les plus instruits, et ces derniers se retrouvent coi, faute de ne pouvoir nommer leur interlocuteur comme ils se devraient, tout ça à cause de la politesse.

Bref, tout autour de moi, il pleut de la connerie. Les attaques répétées contre mon intellect pleuvent, les fiers-à-bras d'aujourd'hui, pour jauger leur masculinité, comparent entre eux des noms de marques, parfois même de jouets! Car, si tous ces braves hommes travaillent, est-ce pour manger, ou pour parler de sa voiture, extension naturelle du pénis? Et ces dames, veulent-elles assumer leur indépendance, l'ont-elles déjà fait et viennent-elles se plaindre de leurs problèmes de coeur dans le train plutôt que de les résoudre, ou s'agit-il tout simplement d'avoir un auditoire poli et attentioné? Ou bien... Elles sont toutes représentantes de groupes pharmaceutiques. Si elles ne sont pas au moins payées pour parler à longueur de journée de leurs médocs, c'est qu'il y a un gros, gros problème avec la société moderne.

Pourquoi devons-nous obligatoirement hurler pour exister? Que font tous ces gens, à part étaler leur vie privée, osant parler de choses que je n'ai pas envie d'entendre, que j'aurais honte d'évoquer en public, et que je ne puis ignorer, étant obligé de partager le même espace que leurs voix prétentieuses?

A ma droite, s'est assise une belle femme, la jeune trentaine, typée asiatique, plongée dans des documents. Elle non plus n'est pas satisfaite de sa charge actuelle, ou a du retard à rattrapper. Elle consulte page après page de chiffres, c'est quelque chose que je ne puis vous décrire, car cela me déprime. Des chiffres, des chiffres, des chiffres. Des noms de sociétés formées d'acronymes ou de syllabes dispersées dont la poésie enivrerait le dernier chasseur, afficionado du football télévisé ou tout autre type de connard. Si vous ne trouvez pas ces exemples à votre goût, faites-vous plaisir et insultez quelqu'un silencieusement. (je suis sûr que certains vont penser à moi, et se dire "Ah, ah! Il ne croit pas si bien dire! Je l'ai pris à son propre jeu!"... C'est bien tenté, mais ce n'est pas bien grave. Sans rancune!)

Et elle, avec sa petite calculette, et son petit crayon gris, prévoit, projette, planifie, se gratte la tête, claque des doigts, griffonne hâtivement encore plus de chiffres sur les marges. Je me demande parfois si je devrais faire de même, dès que l'inspiration me frappe, noter sur un bout de papier, un calepin, n'importe quoi, emprisonner mes idées sur le fait, toujours être au qui-vive de l'impromptu. Et chaque fois que j'y pense, je me dis "Non, tu ne dois pas. Un écrivain intègre et talentueux laisse l'imagination chevaucher dans un pré, elle doit rester sauvage, libre, imprévue, si d'aventure elle choisit de repartir avant que tu aies le feu sacré, c'est qu'il en est ainsi." Et donc, je laisse des milliers d'inspirations filer au gré du vent, prêtes à être exploitées par les générations futures. Putain, j'aurais pu être millionnaire des tas de fois!

Bon, je vais me relire, passer tout ça au correcteur d'orthographe, formater le texte, re-relire, et poster toute cette improvisation créatrice et complètement pas préparée des mois à l'avance, puis corrigée et réécrite des dizaines de fois pour faire le prétentieux, moi aussi.

:)

05 janvier 2006

Souffrez que je partage avec vous cette chanson, offerte par un vrai de vrai clochard contestataire :

Instructions : si un jour, vous tenez vraiment à jouer ce morceau, prenez une guitare, vomissez dessus, et nettoyez-la avec un mouchoir aussi vieux que babylone. Ca devrait suffire au niveau accords. Ensuite, prenez un billet pour très loin, et ne m'adressez pas la parole, j'ai plus de monnaie de toute façon.

"Enfant du futur! tu grandiras,
Enfant du futur, mais n'oublie pas,

Ton frère africain qui meurt de faim
A cause de ces salauds du système capital-social-fasciste-libéralo-sauvage...
Aaaaaméééériiiicains!

Enfant du futur! un jour tu verras,
Enfant du futur, tu oublieras,

Ton frère Thaïlandais qui doit travailler
A cause de ces enfoirés de mondialisateurs impérialistes pleins d'blé
Aaaaaméééériiiicains!"

Tant de poésie rebelle, ça me fait chaud au coeur. Le clodo en question, en fait, ressemble vachement à un vieux pote que j'avais abandonné au détour d'une rue, il y a quelques années de cela. En gros, quinze ans qu'on s'était promis une bouffe et de s'appeller. Mais à l'époque, il n'y avait pas de téléphones portab'es, on pouvait pas se donner rendez-vous, avant. Je vous le jure!

Le pauvre. Il est quasiment chauve, porte une barbe en collier, squelettique, ses fringues sont tachées de... trucs... D'ailleurs, si l'odeur qu'il dégage a quelques relents de vinasse bio, il semblerait qu'il ait mangé au macdo. Ou qu'il y ait dé-mangé, c'est tout comme, je déteste les fast-foods non pas pour la malbouffe, mais pour leur promiscuité horripilante avec le populo.
Enfin bref. Il serait parfait pour un casting de haute couture, tendance "je suis rebelle mais je vais quand même me payer un foulard qui vaut un mois de salaire d'ouvrier".

Je n'ose pas l'aborder. Déja, j'ai pas envie qu'un marginal me tienne le crachoir, en outre, il pourrait me taper du pognon, ou même tenter de squatter chez moi. Mais en même temps, j'éprouve un peu de... Comment on dit, déjà? Ah oui, de la pitié. Passons, c'est lamentable. Ce que je vais faire, c'est chercher son numéro de portable, l'appeller, si ça ne répond pas, c'est que c'est lui, sinon, tant mieux, c'est que je n'ai pas besoin d'adresser la parole à ce loqueteux.

Comment ça, y'a trois lignes je vous ai dit que je l'avais perdu de vue? Ben oui, mais j'ai quand même gardé son numéro de téléphone, au cas où, euh... Bon, d'accord, c'est juste pour avoir un répertoire ultra-rempli et frimer comme un gros porc. Ou alors, au cas où il m'appelle, et que je n'ai pas envie de lui répondre, ben je sais que c'est lui qui appelle. Voyez? Bon, laissez-moi l'appeller, vous voulez que je fasse durer le suspense, c'est ça?

Tonalité... bipbopbipbopbupbipbupbopbopbup. Tûûûût. Tûûûût. (On me dit que je fais super-bien le téléphone)

"Allô?"
Ah! Soulagement! Il va bien! Je raccroche vite.

Je veux dire, c'est bon, quoi, j'allais pas non plus m'éterniser, il aurait pu m'inviter à une bouffe, ce boulet, et il a autant de conversation qu'une bouteille d'eau.

03 janvier 2006

Ah! Cela faisait longtemps que je n'avais pas vomi. Vomi... Avec une majuscule, s'il vous plaît!

Hmm... Je suppose que ceci est un début abrupt. Et comme je respecte mes éventuels lecteurs possédant une virilité comparable à celle d'un caniche nain, race notoire pour sa nullité en concours de "macho-macho-man", comme je vous respecte, donc, ami lecteur (ou trice, quoique j'en doute; pour les trices, c'est moins dommageable de posséder peu de virilité, dans le cas où elles ne sont pas lesbiennes), je disais donc que j'allais arrêter de m'égarer dans des figures de style à la con. Désolé.

Je sors assez souvent en ce moment. Après avoir fini mes études, ai-je mis à profit mes talents et ma sensibilité pour aider les générations futures à construire un monde meilleur? Ai-je donné de mon temps ou de mon argent vers une cause socialement bénéfique? Mes actions ont-elle résonné assez pour survivre à l'éternité?
Même pas en rêve.
Je bois plus que de raison, je me ridiculise à tout bout de champ, j'insulte des étrangers et des passants dans le seul but de me faire rire (je suis particulièrement bon public), et je dépense des sous dans la poursuite interminable du touchage de fond, des abîmes même de la dépravation.
J'en suis venu à considérer la beuverie comme un art, l'alcoolisme comme une vertu. Et vice-versa. J'ouvrirai plus tard une parenthèse sur l'alcool et les drogues variées, lorsque cela me plaira et que je voudrai entretenir mon lectorat réduit à quatre ados qui baîllent, au fond, près du radiateur.

Qu'est-ce qui m'a poussé à suivre les autres dans ces bars pourris, ce soir? Je ne sais plus; L'un d'entre eux était déprimé, l'autre m'a appelé pour l'aider à lui remonter le moral, et nous voilà, ponctuant notre tournée des pubs par une courte visite dans un lieu qui ferait passer un speak-easy pour un couvent.
Bref, nous voilà dans une avant-boîte ringarde, avec sono à bloc et rebuts de l'humanité partout. Mais surtout, des filles de petite vertu. Pantalons taille basse, débardeurs en spandex qui feraient mourir de rire le premier acteur paraplégique venu, salle enfumée, et alcool hors de prix : c'est le début d'une grande soirée qui s'annonce. Je dois absolument atteindre le niveau zéro au plus vite.

Le niveau zéro, ami lecteur, tu sais ce que c'est (on peut se tutoyer? C'est cool.), mais si, tu sais ce que c'est lorsque tu t'es déjà pris une méchante cuite, que tu as tellement consommé d'alcool que tout ce qui te passait par la tête était :

- "C'est vraiment débile ce que je fais. Non mais, franchement, je suis complètement bourré. Faut que j'arrête, faut que j'arrête, oh, et puis j'm'en fous, c'est trop marrant."
- "J'me sens pas bien. J'me sens carrément pas bien. J'vais mourir. Ici. dans cette ruelle infâme, dans une flaque de vomi. J'me sens vraiment pas bien... Putain, mais c'est TROP excellent!"
- "Je tiens une de ces formes, moi! J'vais toutes vous baiser, ce soir!"

C'est, bien entendu, une synthèse de toutes les pensées qui peuvent t'assaillir, mais rappelle-toi : c'est la dernière chose qui te passe par la tête avant que tu te réveilles D.ieu sait où, et qu'on te raconte ce que tu as osé faire la nuit passée.

Bref, le niveau zéro, c'est le taux d'alcoolémie requis pour passer une bonne soirée.
Je bois tranquillement, entouré de fumée de cigarette au rabais, de danseurs et danseuses, qui gesticulent mollement. En boîte, en bar, en pub, où que ce soit, il y a deux types de personnes : les huîtres, et les non-huîtres. Mes premiers sont ainsi nommés d'après soit leur carrure, soit leur physique, soit leur personalité, soit leur charisme, soit leur conversation, soit tout en même temps. Oui, je pense à tout ce qui n'est pas moi.

Je regarde les corps s'agiter autour de moi. S'agiter, s'agiter... Bon, c'est un bien grand mot. Tu as déjà remarqué, dans les boîtes de nuit, il y a les gonzesses qui dansouillent, plus pour montrer leurs corps que pour "juste danser parce que j'aime bien danser", pour étaler la marchandise, quoi, et les mecs qui se croient virils ne dansent pas. Ils font du sur place, en dodelinant de gauche à droite, et en hochant le tête en rythme de temps en temps. C'est ce qui s'appelle le "complexe de non-virilité".

Je voudrais examiner ce phénomène deux secondes. Ce qui est à l'oeuvre, lors de tels évènements, est la matière qui tient notre univers en place, celle qui gouverne même les forces immuables de l'entropie. Oui, je veux bien entendu parler de notre capacité, à tous, de "ne pas se prendre la honte en public". Interdit, donc de manifester trop d'émotion en public. De se faire remarquer. Ou bien de tenter un tant soit peu de se démarquer. Les jeunes gens d'hier, d'aujourd'hui, et de demain ont ceci en commun : ils savent applaudir ou huer, mais rarement "faire". C'est pourquoi, en boîte, on voit un tas de personnes bouger sur place, sans faire de gestes trop extravagants, car alors, s'abattrait sur eux la plus ignominieuse punition qui soit. La teuhon, comme on dit.

Bref! Je tourne autour du pot, et mon histoire ne se raconte pas, mais je m'en moque. Va lire le journal de Mickey si t'es pas content. Attends, reviens... Je déconnais.

Donc : Boîte. Poufs. Moutons. Musique qui fait boum-boum trop fort, pour éviter d'avoir à parler, et de révéler au monde à quel point on a peu de discussion/d'intelligence/de culture. L'usine à drague, quoi.
Partout, des "hommes", au visage austère, pensant qu'une gueule d'enterrement et un regard de veau mort donnent une aura de mec dur, gesticulent pauvrement, timidement, histoire de ne pas avoir l'air ridicule.
Larves. C'est eux qui seront ridicules, lorsque j'aurai atteint le niveau zéro. La bière m'a désaltéré, la vodka me réveille, et je surveille déjà mes alentours. Je distingue une petite caucasienne qui me sourit. Mignonne. Fine, les cheveux longs et raides, une mini-jupe qui ressemble à une ceinture, la peau mate qui est le fruit d'un bronzage attentif au vu des marques de mini-bikini, un décolleté qui descend jusqu'au nombril, et des yeux qui me dévorent. C'est bien parti! D'ici peu, j'aurai assez de courage pour me lever et lancer la machine à troncher.
Les pensées assaillent mon esprit, je deviens un faucon, prêt à fondre sur sa proie, éliminant les derniers détails techniques... Quand vais-je passer à l'attaque, et prendre ce qui me revient de droit?

Quand je me dis, "Alors, je finis ce verre, et j'y vais...", elle est en train de parler à un type. Basané, costaud. Elle me lance des regards enflammés. "Viens", qu'elle me fait, avec ses petits yeux. Je souris et la laisse cuire.
Quand je me dis, "Bon, je finis ma clope, et j'y vais...", elle danse, collée à un type bourré de piercings. Je me moque allègrement de sa figure, tout en me demandant s'il peut recevoir les chaînes câblées avec ses trois kilos de ferraille sur les joues. Elle, dans ses yeux, je peux déjà y lire "défonce-moi, c'est tout ce que je mérite". Je vais bientôt passer à l'action. J'attends encore un peu... Il me faut encore un petit verre de vodka, et je serai au niveau zéro.
"Quand il aura fini de lui tripoter le fion et de l'embrasser à pleine bouche, j'y vais..."
Je me mets à douter un peu.

Je ne suis toujours pas au niveau zéro. Buvage, donc. Boivage. Beuverage. Putain, j'y suis presque... Laisse-moi dix minutes, ça vient.
Tu te souviens, tout à l'heure, je te parlais d'alcool, et je voulais t'en vanter les vertus. Le moment est venu. Tout d'abord, je voulais dédicacer cette diatribe à toi, le pauvre type ou la pauvre gonzesse qui se croit supérieur à nous autres buveurs parce que vous pouvez "très bien faire sans alcool, j'ai pas besoin de ça pour m'amuser". Tu n'es pas meilleur que moi. Tu te crois supérieur à qui, avec tes valeurs morales à deux sous? Oh, ne viens pas me dire que tu ne l'as pas dit, tu le sous-entends parfaitement. Le fait est que t'es coincé à vie. J'espère que tu seras enterré vivant et que tu finiras étouffé par les vers qui dévoreront ton corps coincé dans un cercueil, emprisonné à deux mètres sous de la boue savamment arrosée d'eau bénite. Et de crottes de chien.
Dans ton monde, une tragédie, c'est quand il pleut à bisounours-land, ou quand un bébé animal pleurniche d'un air mignon. Tes opinions sont toujours pleines de morale directement inspirée des meilleures sitcoms à caractère socialement rédempteur, mais arrête ton petit jeu : peut-être que tu respires, mais moi, je vis.
Grâce à l'alcool, j'arrive à supporter le fait que D.ieu t'ait créé à Son image, parce que franchement, il n'y a pas de quoi être fier. J'arrive à te sourire alors que tu me racontes ta vie et tes problèmes, alors que je n'en ai strictement rien à foutre, tout comme, pour toi, mes ennuis sont du même ordre que ta première paire de pompes. Je ne t'emmerde pas avec mes problèmes, tu sais pourquoi?
Parce que je les noie dans l'alcool!
Si je n'étais pas alcoolique, j'aurais déjà fait un massacre, et j'aurais commencé par la première personne à dire "oui, ben ça c'est ton opinion, c'est ton droit, mais l'herbe est toujours plus verte de l'autre côté, de toute façon, je comprends pas pourquoi vous avez besoin de ça pour vous amuser, qui veut jouer aux sept familles?", ou autres phrases vaseuses, incolores, et à multiple sens.

Tu vois, ce genre de bile haineuse, ça veut dire que je vais enfin raconter quelque chose d'intéresant!

Je me lève. Je jette un regard vers notre table. Les autres n'ont pas ruminé leur colère dans un silence ténébreux, ni contemplé la misère qui les entoure dans cet océan de solitude. En fait, il y a trois petites, pour trois gars, et depuis que je me suis levé, le ratio est devenu diablement plus intéressant. Comme pour le capitalisme, la loi de l'offre et de la demande s'applique sur toute table où se tient un évènement social : même s'ils étaient borgnes et estropiés, les deux hommes vont devoir se partager toute l'attention des trois filles restantes, qui vont redoubler de venin pour ne pas perdre à cet étrange jeu de chaises musicales. Je me demande si je n'ai pas envie de les examiner, d'un point de vue purement scientifique, et aussi pour me marrer un coup. Non, ils discutent, et le boum-boum de cette avant-boîte est trop assourdissant. C'est inutile, je ne pourrai pas suivre une conversation hurlée. Je me jette sur la piste. A présent, je chasse.

Tu te souviens, tout à l'heure, je te parlais des mecs qui ne dansaient pas; et depuis tout à l'heure, tu te dis, "c'est bien un crétin, tout le monde n'est pas ainsi fait, il y a toujours au moins deux-trois gars extravagants, qui sautent dans tous les sens en rythme avec la musique et que tout le monde trouve cool, alors que selon la logique moutonnière, ils devraient se prendre la honte (ce qu'ils font largement, aussi, mais en même temps, pas vraiment.)"
Je ris en y pensant et je chasse ces pensées loin de moi. Sache, ami lecteur, que ces gars, tous concentrés en un homme, c'est moi, au niveau zéro.
Je commence à me frayer un chemin à travers la foule peu souriante. Qu'est-ce qu'ils ont, tous, à pas sourire? On est là pour s'amuser, non?
Je ferme les yeux en marchant, puis je bouge un peu, j'articule mon corps au rythme de la musique. Je la laisse s'insinuer en moi, s'infiltrer à travers tous mes pores. La musique est à chier, certes, mais elle a le mérite d'être tribale, favorisant attouchements et jeux de séduction. T'es obligé de bouger, y'a pas le choix!
C'est comme si un dictateur, perché sur un mirador, annonçait sur un mégaphone : "DANSEZ. CARESSEZ VOTRE PARTENAIRE. ACCOUPLEZ-VOUS. PROPAGEZ L'ESPECE."

Poum-tchak, poum-tchak, les percussions me secouent et me font sentir que mon coeur bat plus fort que celui de la foule, poum-tchak, je frétille déjà, poum-tchak, je sautille, poum-tchak, je lève les bras, POUM-TCHAK, JE SAUTE DANS TOUS LES SENS, POUM-TCHAK, JE BOUSCULE TOUT CE QUI EST SUR MON CHEMIN, POUM-TCHAK, JE SUIS UN GRAND SINGE IMMORTEL ET JE SUIS VENU NIQUER VOS FEMMES, FAIBLES MORTELS, POUM-TCHAK, silence.
Vous savez, ce moment apparamment calme dans tous les morceaux qu'on passe dans une soirée, pour éviter la déshydratation ou tout simplement pour faire croire que ce morceau a été un tant soit peu travaillé? C'est là que je saisis une blondinette par la taille, et que je la serre, très fort, contre moi. Profitant de ce moment de faible intensité sonore, je lui chuchote à l'oreille un brise-glace classique.
"Salut. Est-ce que je te paie un verre, ou est-ce que je te donne de l'argent tout de suite?"
Elle me repousse d'un air dégoûté. Ce n'est qu'une salope sans humour. Je la laisse se faire enculer par le premier venu, et je change de coin. La musique recommence à s'intensifier. Les projecteurs m'éblouissent, la fumée autour de moi pénètre mes vêtements, je vais bientôt (déjà!) être en sueur, et les gens s'écartent sur mon chemin. Je déambule en faisant force moulinets avec bras et jambes, faisant des tours sur moi-même et me marrant comme un bossu. Ceux qui se moquent de moi ne savent pas à quel point ils sont ridicules dans leur comportement convenu! Ceux qui m'applaudissent deviennent immédiatement mes meilleurs amis! On me tend des verres, des clopes, et le meilleur, dans tout cela, c'est que ce sont des filles qui m'adulent. Malheureusement, un bon quart d'entre elles sont soit trop moches, soit trop vulgaires à mon goût. Je bois quand même. Alcools variés, cigarettes de marques indéfinies, mon cerveau me dit à un moment de refuser tout cela, mais je lui dis d'aller se faire foutre. D'ailleurs, à haute voix, je dis à tout le monde d'aller se faire fist-fucker par une éléphante atteinte de la lèpre, ce qui fait rire les uns, et me fait bousculer par les autres. Ce ne sont que des merdes sans humour. Je rentre dans la petite blondinette qui m'a rejeté, et je lui rote à la gueule. Je lui fais, "Arrête de me suivre, vulgaire catin! D.ieu te pardonnera peut-être, mais je n'oublierai JAMAIS! Pourquoi tu danses comme ça? Tu veux trouver l'homme de ta vie, ou un coup de bite? Tu es venue pour apprécier le goût d'une bonne, grosse teub de bon, gros black? Dégusteuse de foutre de macaque!"
"Quoi, tu comprends pas ce que je te dis? T'es du genre à mater la télé avec un dictionnaire pour tout comprendre? T'as besoin des sous-titres pour suivre les télétubbies? Mais regarde-toi, même pas t'es un thon, au pire une otarie : t'as moins de seins et plus de moustache que moi! Tu vas pas te mettre à chialer, t'es toute rouge, je veux dire, violette, enfin, vert foncé, maintenant! Allez, va-t'en au lieu de gaspiller mon oxygène", etc.
Subtilité, c'est bien toi ma préférée.

Je sens une main se poser sur mon épaule. Une main costaude. De gorille, je parie. Je me retourne.
Ah, ben presque un gorille. Juste une espèce de tête de con de client. Il a une tronche de recalé de l'armée fana de tuning, les cheveux taillés en brosse, une tête carrée, un front plat, un blouson noir qui fait pilote comme dans top gun, et des lunettes noires qui témoignent de la nostalgie qu'il porte pour des années 80.
"Qu'èsse t'as? VIRGULE, CONNARD!", lui demandé-je poliment.
"C'est ma copine, que tu traites comme ça, crevette."

Alors, là, pause. Je mets une seconde à réfléchir. Non, je mets zéro seconde à réfléchir, et je lui mets un coup de boule. Me traiter de crevette? Quand je suis au niveau zéro? Y'a pas moyen. Si j'avais essayé de parlementer, je me serais pris soit une mandale, soit la honte.
Il s'écroule lamentablement, et je décide de battre en retraite vers la table, où je vais promptement prévenir mes potes qu'il faut qu'on s'en aille pour des raisons urgentes et que de toute façon, il est temps d'aller dans un rade un peu moins pourri que celui-ci.
Sur le chemin,on essaye de me retenir, mais dès qu'on plonge au plus profond de mon regard de toxico, on comprend que je suis certes gringalet, mais assez instable pour faire mal, très mal. Et vite, très vite.
Merde. Ils ne sont plus là. Il reste deux filles, j'en déduis qu'une seule a gagné le gros lot : se faire tirer dans les chiottes. Je m'enquiers de la situation. Une des petites, qui se souvient de moi, hurle au-dessus du niveau sonore de la bouillie fétide que j'ai osé nommer "musique" ce soir, me hurle :
"ILS SONT PARTIS AUX TOILETTES.
- QUOI?
- ILS-SONT-PAR-TIS-AUX-TOI-LET-TEUH!
- MAIS QU'EST-CE QU'ILS BRANLENT?
- JE SAIS PAS!
- VENEZ, ON SE CASSE."
Sans mot dire, elles se lèvent, et prennent leurs affaires, prêtes à me suivre. Je note mentalement que mes potes sont soit en train de raquer comme c'est pas permis, au vu des cadavres qu'ils ont laissés sur notre table, soit en train de secouer la pauvre gagnante du concours. Soit les deux. Ca fait rien, ils n'ont pas mon charisme, je vais rattraper leur score et les ridiculiser plus tard. Sur le chemin de la sortie, c'est un champ de bataille. La musique est de plus en plus rapide, de plus en plus forte, de plus en plus pourrie, et il pleut de la sueur. Mes escort-girls ont l'air de se marrer. Heureusement qu'elles ne sont pas au courant de la situation. Je farfouille dans ma poche pour trouver les clés de ma tire, et je pousse la porte de sortie en même temps.

L'air frais me met une claque inimaginable, mais je tiens debout. J'ai deux femmes avec moi, il faut que je survive encore une longue nuit. Y'en a qui vont passer à la casserole, et c'est pas le boudin de toute à l'heure. Je n'ai même pas passé de temps à dévisager, au minimum, mes accompagnatrices : l'une, rousse aux cheveux bouclés, est magnifique. Une silhouette pleine de défauts qu'on a envie de répertorier à la main, et des yeux rieurs. J'adore la blancheur de la peau des rouquines, ça compense pour le fait qu'elles puent la mort rancide autant qu'un rat écrasé par un camion et qui est resté au beau milieu de l'autoroute, à se décomposer au soleil et à se faire re-écraser quelques centaines de fois durant une chaude et belle journée d'été. D'accord, j'exagère : même ça, ce serait une douce odeur d'églantine comparé à l'odeur d'une rousse. L'autre fille est un peu moins bien, c'est ce qu'on pourrait appeler une brune platine, sans charme. Elle a des formes, oui, mais un visage tellement ennuyeux qu'il inspire de la mélancolie. Avec des yeux de chien triste, tu sais? Je vais quand même me la taper, ce serait pêché, sinon.
Je les contemple, comme ça, pendant dix secondes, rattrappant mon souffle, puis je m'approche des deux, prends une main à chacune, et leur lance :
"Mesdemoiselles, suivez-moi. Nous allons au septième ciel." Elles se marrent. C'est bon, elles vont passer à la casserole.

On monte dans ma voiture, je fais monter la rouquine devant, et je remarque qu'elle est en extra-courte-ras-le-bonbon-mini-jupe. Brave petite... Je démarre.
En changeant les vitesses, ma main glisse plus d'une fois sur ses cuisses, et on joue à touche-bonbon. Le meuble, derrière, s'est positionné au centre de la caisse, m'enlevant toute visibilité dans mes six heures, mais on s'en fout, parce qu'elle a l'air bourrée comme un cartable, et commence à embrasser l'autre sur l'épaule, puis le cou. Je tente tant bien que mal de manoeuvrer dans cet état d'ébriété et d'excitation élevé, mais je me mets bien vite à me concentrer sur la route. "Je vais leur mettre la misère." devient ma mantra. A voix haute. Je me reprends avant de réaliser qu'elles s'embrassent à pleine bouche.
"Hé! Arrêtez! Pas de gouines dans cette bagnole! HEY!"
Elles me regardent d'un petit air coquin, et me parlent tout timidement.
"... Ben, on est un peu bisexuelles... On aime bien se chauffer avant."

Bingo. Je suis tombé sur des pineuses infernales. J'avais entendu des rumeurs à propos de succubes sorties tout droit des enfers, envoyées par Satan pour sucer des kilomètres de bites et dépraver les hommes. Plus ça va, plus je suis remonté.

On arrive chez moi, et je les prie de se mettre à l'aise, mais plutôt dans ma chambre, et sans tarder, pendant que je vais chercher la bouteille de vodka qui me reste de la dernière fête. J'en bois plusieurs longues gorgées, le liquide brûlant et glacé à la fois me réconfortant, et me donnant assez de force pour le restant de la nuit.
Lorsque je pénètre dans la chambre, bouteille à la main, je me jette sur mon lit, et je te laisse imaginer la suite.

Après une bonne heure de délivrance bestiale et de baise sportive, j'ai fini la bouteille et tu peux arrêter d'imaginer. Je vomis tout ce qu'il y a dans mes tripes, sans aucun avertissement.

Elles se lèvent.
Elles se rincent tant bien que mal.
Elles se rhabillent.
Elles s'en vont.

Le lendemain, je me réveille vers les 14h du matin, en train d'enlacer la cuvette des chiottes, qui est étonnament propre à l'intérieur, tandis que mes murs sont maculés de substances inflammables et verdâtres. Je jette un triste regard sur la tracée que j'ai laissée derrière moi, parcourant à l'envers le chemin de mon lit jusqu'aux toilettes.
Ca me fait marrer, parce que ça ressemble à des traînées d'escargots, mais en technicolor.

Je ne me souviens pas plus de mon périple, et c'est tant mieux. Je suis sûr et certain que j'ai dû souffrir comme un damné pour rejoindre mon triste havre de porcelaine, mais ça en valait la peine : je n'ai aucun souvenir de la fin de la soirée, qui a du être longue, pleine de souffrance et d'appels passionnés à Raoul, et j'en remercie le dieu Alcool une nouvelle fois.

Ah! Cela faisait longtemps que je n'avais pas vomi. Vomi... Avec une majuscule, s'il vous plaît!

Hyper méga bonus, la chanson du vomi, sur l'air de "La chenille qui redémarre" !

Mets ta tête dans l'urinoir
C'est le vomi qui redémarre
En avant les pâtes au beurre
Le vomi part toujours à l'heure


Dédicace spéciale pour vous toutes, mesdemoiselles. Si je vous ai un jour vomi dessus... C'est que vous l'aviez bien mérité, petites polissonnes. :)

30 décembre 2005

Ce genre d'amusement me remonte toujours le moral, pas vous?

Emilie était confortablement assise sur la terrasse du café. Verre de grenadine, sans le sirop, car elle était au régime. Elle avait rendez-vous avec son petit ami. Un garçon assez mignon, un peu prétentieux, plutôt drôle, bien portant, mais un tout petit peu cynique sur les bords. Le cynisme était pour elle une marque d'intelligence, il était un peu moins âgé mais tellement plus mûr : elle pouvait discuter de tout avec lui.

Elle l'avait rencontré par hasard, en sortant des cours. Elle avait peu d'amis à l'université, elle était un peu timide, il était éxubérant comme un acteur. Elle avait une beauté intérieure, il l'avait... aussi. Elle lui trouvait du charme, et surtout, du culot. Il l'avait abordée en lui demandant de lui rendre un service. Service qui s'avéra fictif, mais en général, on ne demande pas de conseils à propos d'un moteur de Mercedes à une demoiselle.
Il lui proposa de la ramener quand même. Elle vit bien où il voulait la mener, et refusa. Elle savait d'avance que si elle montait dans cette voiture, elle finirait dans les faits divers. Sa nature prudente lui avait donc préconisé de le faire patienter un quart d'heure, afin de voir s'il viendrait à court d'arguments.

Comme ce ne fut pas le cas, elle monta, à moitié conquise, à moitié apeurée, se reprochant cette folie. C'est souvent sur un coup de tête que les femmes agissent, mais tant d'imprudence ne lui ressemblait pas.

Il s'avéra ne pas être un violeur-étrangleur des bas-fonds. Ni un proxénète. Il la ramena chez elle, poliment, et lui dit au revoir sans même la détrousser, ni même lui demander son portefeuille. C'était de bon goût, pensait-elle. Elle s'était jetée dans ce puits profond qu'étaient ses yeux, bleus, verts, gris... On ne pouvait deviner; mais le nacre le plus fin ne les égalait pas. Elle se risqua alors à lui demander son numéro. Elle avait bien fait de tenter sa chance. Il lui sourit, et il fut convenu d'un rendez-vous.

Quand elle regagna sa petite chambre d'étudiante, elle en contempla les murs bien tristounets. Ils n'avaient jamais accueilli personne auparavant. Ce n'était pas bien cher, mais c'était assez délabré. Ce rituel que tous les étudiants devaient passer pour un jour décrocher un emploi stable, cette épreuve que certains, moins matures mais plus favorisés, passaient dans le confort du domicile parental, elle la traversait dans la solitude, avec beaucoup de tristesse.
Chaque fin de mois était un écueil à éviter, il fallait ruser, travailler, gérer le maigre pécule que sa bourse lui autorisait, ajouté à ses économies basées sur des travaux d'été ou de longues journées passées en compagnie de caisses et de "bip-bips qui marchent jamais", pour en reprendre le jargon technique de ses collègues hôtesses de caisse. Elle reprit ses esprits et rendit à ce récit son lyrisme, se remémorant toutes ces années à contempler envieusement ces couples heureux, parfaits, toujours enlacés, bras-dessus-bras-dessous, se tenant la main dans la rue...
Elle soupira. Bientôt, ce serait son tour!

La journée du rendez-vous, elle se prépara, se fit belle autant que faire se peut. Elle n'était pas de ces filles qui font détourner le regard de l'amant le plus chaste, mais en général, les hommes sont des brutes assoiffées de sexe. Elle avait deux chromosomes X, et cela suffisait pour que les plus rustres d'entre eux la sifflent dans la rue; même si c'était un peu flatteur, elle aurait pu se passer de tels "étalons".
Pas de maquillage. Ils avaient brièvement discuté, et il avait commenté le peu d'attrait pour "l'attrappe-couillon". Bon à savoir, et à appliquer. Enfin, pas sur le visage. Elle mit une chemise flottante, qui faisait disparaître les petites rondeurs qu'elle tentait de perdre depuis maintenant trois ans. A croire que ses bourrelets lui manquaient, car à chaque perte enregistrée, un malheur ou une déception quelconque les faisaient revenir au galop.
Un peu de parfum. De la vanille, peut-être? Quelque chose de "pas industriel", comme il l'avait dit. Il est intéressant de voir comme une discussion de quelques minutes peut autant vous apprendre sur un homme. Ou combien il veut que l'on apprenne sur lui? Ou comment il vous ordonne d'agir?
Ah, chut, la parano! Elle voulait prouver au monde qu'elle savait être appétissante, qu'elle avait du charme, c'en serait fini de ces soirées passées seule devant la télévision. Maintenant, elle aurait quelqu'un avec qui pleurer à la fin des films à l'eau de fleur bleue.

Ce soir-là, elle lui offrirait même sa virginité.

Elle passa la plus belle semaine de sa vie, elle en oublia même ses cours, ses frayeurs, ses problèmes d'argent, d'avenir, son coeur était à présent empli d'amour pour un individu. Cela aurait pu être n'importe qui, mais il n'était pas n'importe qui. Elle vivait déraisonnablement, mais qu'importe, elle se sentait femme à part entière, elle était sienne et il n'avait d'yeux que pour elle.

Elle était donc assise, à sa table, comptant les secondes qui la séparaient d'un baiser, léger et tendre, d'un après-midi au soleil, d'une promenade plaisante, à la vue de tous... Elle aussi, pouvait à présent montrer son bonheur, le jeter à la figure de celles qui, comme elle, il y avait deux semaines, étaient seules...

Il fut bientôt là. Son petit coeur se mit à battre, comme à chaque fois qu'elle l'apercevait. Parfois, elle le voyait partout, tant son souvenir l'obsédait.

Il s'assit, lui tenant la main. Il avait l'air perplexe, gêné...

"M'amour, cela te dérange-t-il si un mien ami nous accompagne? Je lui avais promis de le voir, il y a deux semaines, mais tu sais..."

Elle savait. Elle l'avait retenu ces deux dernières semaines... Un sourire lui fit comprendre qu'elle supporterait ce fardeau. Et puis, il était accompagné, d'ailleurs, il arrivait, flanqué d'une fille qui, comme elle, n'avait pas les formes, mais du charme.

Ils s'installèrent. Les deux hommes se regardèrent en chiens de faïence. Chacun semblait examiner la compagne de l'autre. Puis la sienne. Puis l'autre.

Elles prirent toutes deux le parti d'en rire : Que faisaient-ils? Ils comparaient leurs beautés respectives? Etait-ce un de ces petits défis auxquels les hommes, éternels gosses, se livrent?

Aucune réponse. Ils discutaient entre eux, comme sil elles n'étaient pas là.

"C'est la mienne, avoue.
-T'es fou! Tu devrais la voir à poil, la mienne. Tu l'as tronchée, la tienne, au moins?
-Ah, ouais, c'était sa première fois, en plus.
-Hmm, le pari reste valide, donc. Bon, je te concède la victoire, pour cette fois, mais vraiment parce que la dernière fois j'ai triché..."

Les deux hommes souriaient. Elles étaient ... Elles étaient... L'enjeu d'un pari? L'objet dudit pari? Scandalisées? Gênées? C'était une farce? C'était sérieux?

"Bon, les filles, on a décidé : c'est toi, Emilie, la plus moche. Tu as gagné le concours de moches, cette fois-ci! Allez, ciao, c'était sympa ces deux semaines. En fait, non.
-Ouais, pareil, le meuble.
-Tu te souviens même pas de son nom?
-Ben non, je l'ai chopée hier seulement.
-Quel sale tricheur tu fais."

Et les deux jeunes hommes se levèrent, en riant, laissant les deux filles consternées.

Quelques jours plus tard, la routine revint s'installer.

29 décembre 2005

Aujourd'hui, il ne fait pas beau. Il fait gris...

Comprends, ami lecteur, que je n'ai rien contre la pluie ni contre le beau temps. Mais quand le ciel est gris, ça me rappelle un peu trop mon esprit, le monde en général, les sentiments... Du gris de partout, sur les trottoirs, au ciel, dans nos têtes, sur les visages...

Dans la rue, personne ne sourit, sauf deux lycéennes qui discutent, mais elles ne comptent pas : les lycéennes servent à ça, avoir des boutons et avoir l'air heureuses pour bien nous faire chier et nous rappeller à quel point c'était sympa, cette époque où on ne pensait pas à payer les factures, aller au taf (ou se convaincre d'aller en chercher), pleurer seul dans son lit en espérant de toutes ses forces pouvoir retourner dans le temps et gommer quelques erreurs qu'on a faites...
Et bien, à part elles, tout est maussade... Gris, gris, gris. Des pots d'échappement aux devantures de magasins de couleurs, tout est gris.
Et puis, je réalise que je vois le monde en monochrome, tout ça à cause de ces saloperies de nuages. J'espère qu'il pleuvra bientôt, là, au moins, je sourirai.

Bref! Lors de ma balade, je bute sur un trottoir, manque de me ramasser comme un blaireau, me rattrappe, regarde autour de moi. Et personne ne m'a remarqué... Je passe un instant à dévisager la foule, et je me demande ce qui me rend encore plus misanthrope : le fait qu'il n'y ait eu personne pour se moquer de moi, ou le fait que s'il y avait eu quelqu'un pour se soucier de ma triste existence, c'eût été uniquement le temps d'un sourire mesquin.

Je continue mon chemin.

La rue est vivante, aujourd'hui, même si les cadavres en puissance qui déambulent dessus me font penser à des zombies... Où allais-je en venir, au début, déjà? Ah, oui, errer comme une loque.
Je passe à travers la vieille ville. D'habitude, ça me remonte toujours le moral, le petit côté authentoc-pour-touristes, les magasins de gadgets débiles, les boutiques de fournissures pour proto-gauchistes (foulard palestinien, patchouli, cagoule du sous-commandant marcos, et pancho pour faire comme Manu Chao) et autres, mais aujourd'hui, ce n'est pas la peine, il ne va pas pleuvoir, je suis déprimé. Un petit vieux me bouscule.
Magnanime, je continue mon chemin sans rien dire. Hélas, cela est interdit par le code moral tacite de notre société, et le vioque ne tarde pas à me héler pour glaner le "s'cusez-moi" syndical, le "pardon" auquel il a droit, tout simplement parce qu'il a trainé sa carcasse ici-bas pendant plus longtemps que moi. Parce qu'il a commis plus d'horreurs que moi, parce qu'il a chié plus souvent que moi, parce qu'il s'est branlé plus que moi, qu'il a baisé plus que moi, qu'il a manqué de respect à plus de gens que je ne pourrais le faire dans toute ma vie!
Oui, ça m'énerve! Je pars dans une longue tirade à propos de son âge, du nombre de résistants à l'époque où il était jeune, époque que je situe aux alentours de la drôle de guerre, je l'insulte de tous les noms parce que si moi j'ai bousculé un vieux, j'ai pas été balancer le nom de mes voisins à la préfecture, espèce de sale vieux facho, jusqu'au moment où il soulève sa manche et me récite un numéro qui me fait pratiquement pleurer de honte.

Je continue mon chemin.

Il y a un sex-shop devant lequel je passe tous les jours, et à chaque fois, il faut que quelqu'un en sorte juste devant moi, me lance un regard plein de haine pour l'avoir surpris durant sa petite retraite dans son jardin secret (c'est une belle expression, quand on la substitue à "triple pénétration", "bukkake", "gore-scat" et "furry", mmh?), et trotte, la tête basse, vers sa tanière. Pas aujourd'hui. C'est vraiment pas mon jour. Et puis, alors que je lève les yeux au ciel, empli de désespoir et prêt à maudir Thor, je bouscule une petite vieille qui visiblement allait entrer dans le shop cité plus haut. Joie. Je peux enfin invectiver une personne du troisième âge à propos de l'exemple qu'elle montre, ses pratiques scandaleuses, le fait qu'elle ait certainement été collabo, elle aussi, tant qu'à faire, et qu'elle était... La mère du proprio, qui lui apportait son casse-croûte.

Je continue mon chemin.

Dans le parc, non loin, un vieux balance du pain aux pigeons. Aux rats volants. Je déteste ces oiseaux qui ont osé muter assez pour pouvoir s'adapter à notre bon vieux dioxyde de carbone. Que les animaux nous foutent la paix, le message était clair quand on a inventé le fusil, non? Et voilà que ce vieux les attire à lui, leur donnant comme réflèxe pavlovien de fondre comme des affamés sur tous les vieux qui s'assoient sur un banc. Je m'amuse deux secondes à effrayer quelques pigeons et les faire se barrer ailleurs, là où mon regard ne se portera plus. Quelques moulinets de bras et de jambes plus tard, le petit vieux me regarde consterné, me parle des jours lointains de sa jeunesse, où on savait respecter les vieux, que c'était bien mieux, bien plus propre comme époque, et là, je réalise que j'ai trouvé mon pigeon parmi son troupeau.
Et vas-y que je te balance des juifs, des gitans et des pédés, sale facho, et vas-y que monsieur propre c'était surtout de la purification ethnique, sale délateur, ah, quel bonheur, le ciel est gris, et m'encourage presque à rendre cette scène hollywoodienne en lâchant deux-trois premières gouttes qui annoncent un rictus carnassier que j'hésite encore à appeler "sourire" sur mon visage. Oui, ça veut dire qu'il commence à pleuvoir pendant que j'insulte.

Le vieux se confond, et part la tête basse, se terrer dans son antre.

J'adore la pluie.

28 décembre 2005

Le papier hygiénique : Maintenant, ça sert AUSSI à s'essuyer le cul!

Lorsque je rentre de mon travail, j’ai souvent l’habitude de rêvasser en regardant passer le paysage; Le trajet est très long, et le car prend tous les détours qu’il lui est possible de prendre. Le jour où il passera à travers un feu vert en gardant son allure de croisière, je serai déjà dispersé. De plus, quand je parle de paysage, je plaisante, bien entendu. Sauf si un conforama vous émeut autant qu’un champ de coquelicots.

Hier, en fin d’après-midi donc, une jeune fille sublime était assise près de moi.
Elle devait avoir dans les dix-huit, vingt ans. Elle était blonde, cheveux mi-longs, et les yeux d’un bleu pur et clair, comme une réflexion de la lune dans un lac.

Elle était pieds nus, ayant ôté ses sandales pour les poser sur la banquette, et elle lisait.
C’était du Baudelaire, "Le Spleen de Paris". Pas mon préféré, vu que, comme la majorité peu exigeante, je connais mieux "Les Fleurs Du Mal". Enfin, je ne connais que "Les Fleurs Du Mal". Bon, je l'ai feuilleté, c'est déjà ça.
En tout cas, sur le moment, j’étais tombé amoureux d’elle : Une fille belle comme le jour, lisant du Baudelaire! J’en avais le cœur malade.

Soudain, elle posa le livre dans son sac, et ferma les yeux. Loin de moi l’idée de faire du lyrisme à outrance, mais devant une telle tranche de vie, j’en avais le souffle coupé et les larmes aux yeux.

Durant tout le trajet, je la dévorai de ces mêmes yeux. De temps en temps, elle interrompait sa douce somnolence pour tourner sa tête, tantôt face au soleil, tantôt se réfugiant dans les ombres.

Tantôt face au soleil, et elle était radieuse, une nymphe resplendissant de beauté sous la protection du dieu-soleil, aux cheveux dorés, un sourire bienfaisant aux lèvres.
Tantôt se réfugiant dans les ombres, fuyant les ardeurs trop violentes de l'astre du jour, par cette saison ! Et elle était alors toute pâle, une peau de lait pour une déesse grecque.

Elle, entrouvrait ses yeux, de temps en temps, à l’instar des félins, pour s’assurer qu’aucun danger n’approche, pour surveiller son territoire. A ces moments, je tournais la tête, feignais de regarder au loin, un peu gêné tout de même, et m’attendant à des représailles de sa part !
Mais rien. Je pestais alors contre ma nature voyeuriste, et tentais de me retenir, mais mes yeux étaient fixés sur elle, dont je ne saurai jamais le nom, qui s’offrait ainsi en spectacle, un demi-sourire aux lèvres. J’en pleure encore.

Je voulais l’aborder ! Dans ma folle impudence, je me voyais déjà lui emprunter le recueil, prétextant ne rien avoir à lire, ne pas connaître, puis enchaîner sur une discussion de poésie, de littérature, de culture en général, l’éblouissant peut-être !
Je restai à imaginer la rencontre, le mariage, et autres choses très peu problables sauf en rêve, durant à peu près un quart d’heure, mes yeux toujours fixés sur Elle.

Puis elle se leva et partit. Elle devait être arrivée à sa destination.
Elle ne me jeta pas le moindre regard, fût-il encourageant ou réprobateur, ne me dit pas un mot.
Dévasté, je rentrai chez moi la tête haute. J’avais passé un quart d’heure de bonheur, fût-il artificiel; j’ai maintenant l’habitude de ne pas faire la différence entre fiction et réalité, c'est plus romantique de se faire passer pour un rêveur.
C'était comme un plat de fast-food, de la rêvasserie qui dure une demi-heure. Elle m'avait offert cela, et je l'en remercie encore.

La nuit fut calme. Je ne rêvai pas d'elle.
Je m'étais déjà branlé plus tôt.

27 décembre 2005

Elle marchait dans la rue.

Des sifflements, choses communes depuis l'avènement de la société, des remarques crûes, parfois vulgaires, toujours flatteuses, tout cela change avec le temps au niveau syntaxique, mais pas intentionel.

Oui, elle considérait que les interjections "Mademoiselle, vous êtes absolument ravissante" et "Vazy, t'es charmante mad'moizelle, allez laisse-toi faire, j't'ai dit steuplé" trahissaient le même désir : je veux arracher chaque vêtement superflu de ton corps et te baiser immédiatement. La différence résidait uniquement dans le niveau de courtoisie affiché.
Elle, les avait toujours appréciées, à leur juste valeur certes, mais toujours en répondant d'une voix agréable. C'était un réflèxe partagé entre la reconnaissance d'un compliment, et la peur de provoquer par indifférence.

Quand je la vis, j'étais étonné par son comportement. D'habitude, je ne marche pratiquement jamais la tête haute. Je le fais lorsque je suis un peu déprimé, et que je me force à me ressaisir. Justement, je repensais à la gamine du car, de l'autre jour. Et aux quatre-vingt autres que j'ai croisées entre-temps...
Elle était assez mignonne, sans plus. Je ne m'éterniserai pas sur sa description, je fais confiance au lecteur pour qu'il se serve de son imagination, au lieu de sauter une page de descriptions, comme je le fais tout le temps dès que je lis du Balzac. Mais ce qui me frappait, c'étaient ces "Merci" qu'elle lâchait de temps en temps à ses interlocuteurs d'un instant, des "merci" polis, effacés, souriants, et fuyants, surtout. Je fis ce que n'importe quel autre pervers curieux aurait fait : je la suivis. Dans ma tête, déjà dansaient les possibilités. Que dirait-elle, que ferait-elle si elle savait que je la suivais? Ou peut-être qu'elle ne me remarquerait pas, et alors, je ferais mon entrée, fracassante, dans un magasin où elle chinerait, je la conseillerais, symphatiserais, et plus si affinités? Peut-être irait-elle au cinéma, et je découvrirais le nouveau Peter Ibbetson, ou une oeuvre d'art tellement puissante que mon entendement en serait décuplé?

Elle s'arrêta devant une camionette de pizzaïolo et embrassa un livreur de pizzas boutonneux. Salope.

Devant cette tournure d'évènements, je secouai la tête , soupirai, lorsque soudain je fus découvert, mais mon intellect sans égal me sauva in extremis.

Aucun rapport, mais les pizzas de camionettes sont dégueulasses, et je ne parle pas que du goût de l'échec.

16 décembre 2005

Suivez la guide. Elle est sexy et j'ai la flemme de corriger cette faute de frappe.

Mais qu'est-ce que c'est que cette page? Tout d'un coup, vous êtes tombés sur des nouvelles au style incertain, mélancoliques, comiques, racontant la vie d'un personnage imbu de lui-même, peureux, paranoïaque, égoïste, insensible, rêveur, et qui pourtant signe d'un pseudonyme ridicule.


"Cela mérite plus d'attention", pensez-vous.

Ou bien, la lecture de ce blog était tellement captivante, que vous vous retrouvez ici, au tout début, espérant trouver quelque perle de la littérature française, une explication à tout ça, vu que je n'ai pas mis de photo de moi-même, de profil, ni rien d'autre à mon sujet et que vous brûliez d'envie d'en savoir plus. J'ai le droit de rêver, non?

Il y a une explication : Je store mes textes ici, et je les laisse mûrir un peu. Je ne raconte pas ma vie, désolé pour ceux qui cherchaient à en savoir plus sur moi, c'est vraiment pas mon truc de m'étaler sur la place publique.

"Quoi, il dit ça et il a un BLOG!", criez-vous, la gorge nouée par la frustration devant tant de mauvaise foi!

Oui! Mais tous les faits relatés ici même sont totalement et entièrement faux, ou du moins à 50%. Alors, ce n'est pas vraiment un blog, juste, hmm... Un feuilleton littéraire dandy et, je l'espère, amusant.

Bonne lecture, et comme dirait KELIMDU93 dans son blog, "LACHER DES COMS :))))", je sais pas ce que ça veut dire, mais ça va me rendre hyper-top populaire auprès des jeunes!